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SNCF: dette, explosion des salaires et privilèges

Mercredi, 21 Mars 2018 17:56
Le train est formidable moyen de transport, écologique, conviviale, économique (enfin, jadis) et pourtant, on l'aime de moins en moins, enfin, on aime de moins en moins la SNCF, ses grèves et ses syndicat et maintenant que sa dette explose, on a le sentiment d'un grand gâchis. Enligne a voulu vérifier une thèse: la liaison entre la dette et les présumés "privilèges" des salariés de la SNCF.

Comment comprendre qu'un moyen de transport sur lequel la France était leader, qui représente l'avenir dans une société décarbonnée, se déliite petit à petit.

Notre thèse hasardeuse: la lente descente aux enfers serait liée à l'augmentation des privilèges des cheminots.

D'où vient cette intuition ?
Du recoupement de quatre éléments: tout d'abord, une conversation de très bas niveau de quatre salariés de la SNCF captée en 2016, dans un train, qui accusaient leur management de tous les malheurs et ne sentaient pas du tout responsables de l'amélioration de leur société.

Ensuite, une émission dans laquelle un intervenant expliquait que toutes les réductions d'effectifs négociée par la direction de la SNCF avait nécessairement pour contrepartie la bascule des économies de salaires sur les salariés restant.

L'incapacité de la SNCF à entretenir correctement ses infrastructures (que l'on peut attribuer à des sous effectifs plus qu'à des problèmes d'organisation ou à une volonté délibérée du management de laisser ses infrastructures se déliter).

Enfin, l'attitude des syndicats déguénant le préavis de grève plus vite que leur ombre à chaque tentative de réforme de la SNCF par sa direction et débouchant sur le sentiment qu'aucun dirigeant, quelque soit son style et ses talents de négociateur ne semble être capable de réformer la vieille dame.

Du coup, En ligne a réalisé des recherches pour vérifier l'évolution des salaires supposés privilégiés d la SNCF et comprendre le rôle que cette évolution dans l'évolution de la dette.

Voici la réponse pour les plus préssés: on peut attribuer largement plus de la moitié de l'augmentation de la dette à une augmentatio déraisonnée des salaires.

Dès 2014 (donc, bien avant les projets de réforme du gouvernement Phillippe), dans un rapport qui a fuité, on découvre que:
  • Les effectifs de la SNCF ont diminué de 14% en 10 ans. On aurait pu s'attendre que la masse salariale diminue ou à qui le moins, se stabilise
  • Au contraire, durant la même période, la masse salariale annuelle progresse de 1,2 milliard € en 10 ans de 2003 à 2013 (ce qui représetent 10% des charges salariales globales)
  • Les remboursements de frais augmentent de 32%
  • Le taux d'encadrement passe de de 1 pour 6 à 1 pour 4
  • 3,87% d'augmentation annuel du salaire de chaque salarié.
Si l'on ajoute cela à l'augmentation mécanique du passage aux 35 heures qui s'est traduit par une augmention de 11% des salaires (35 heures payées 39 heures) qui ont été mises en place entre 1999 et 2001.

Au total, voici l'augmentation cumulée entre 1999 Et 2014 du salaire du cheminot qui se considère toujours en 2016 comme une victime (j'ai bien compris cela en écoutant les 4 cheminots qui discutaient dans le train):
+ 11% liés au passage au 35 heures (1999 à 2001)
+ 3,87%/an chaque année sur 2003/2013
= 90% d'augmentation des salaires entre 1999 et 2014, ce qui est supérieur à l'inflation.


La progression des salaires réels (une fois déduite l'inflation) des salaires à la SNCF entre 1999 et 2014: 90% - 27% = 63%.


Les salaires à la SNCF ont donc progressé 5 à 6 fois plus vite qu'en France que dans les autres entreprises françaises.

Le salarié de la SNCF est, donc, bien de plus en plus privilégié. On ne parle même pas des billets gratuits qui ne coûtent "que" 100 millions d'euros par an, soit 1 milliard sur 10 ans.

Total des augmentations de salaires sur 1999-2014: 16 milliards € (estimation d'Enligne)

Total des augmentations "privilège SCNF" sur 1999-2014: 12 milliards (augmentations supérieure à celles des autres salariés français), soit probablement 16 milliards sur la période

Les salaires et les charges représentent 42% du chiffre d'affaires de la SNCF, c'est donc une variable importante (14 milliards/an sur 33 milliards de CA).

Avec une réduction des effectifs sur 10 ans de 14% ,on aurait pu imaginer que la masse salariale soit stable mais elle a augmenté de 1,2 milliards en 10 ans, soit 12 milliards en "trop d'augmentation" de salaires.

Ce que cela réprésente par rapport à la dette.
Dette 2017 de la SNCF: 54 milliards répartis entre 8 milliards pour SNCF Mobilités et 46,6 milliards pour SNCF réseaux (RFF).

La dette a doublé sur 20 ans (1997-2017), soit une augmentation de 27 milliards.

La progression de la dette qui n'est jamais associée à la progression de la masse salariale (qui n'est presque jamais analysée pour des raisons politiques), est associée à des investissements trop importants dans la LGV notamment et à des erreurs de management.

Or, on peut donc estimer que plus de la moitié de l'augmentation de la dette est liée à des augmentations "privilèges SNCF" (12 milliards entre 1997 et 2014, soit 15 milliards entre 1997 et 2017).

Pour éviter tout malentendu, Enligne respecte le travail de la plupart des cheminots, ce qui ne l'empêche de penser que les augmentations de salaires sont abusives, sans commune mesure avec la progression des gains de productivité  et est directement responsable tant de l'endettement de la SNCF que des dégradations de services et des fermetures de ligne qu'il provoque et du mauvais entretien des lignes restantes.
 

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